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Vous avez déjà vu votre grand-père hurler à son écran parce que “le site de la Sécu a encore changé !”? Ou tenté d’expliquer à votre voisine comment “scroller” sans qu’elle pense que vous parlez d’un instrument de musique médiéval ? Félicitations : vous avez croisé le chemin de l’illectronisme. Et ce n’est pas juste une anecdote de quartier, c’est un vrai problème de société.

54 % des Français en galère numérique

C’est un chiffre qui secoue : plus de la moitié des Français, 54 %, rencontrent des difficultés pour effectuer des démarches administratives en ligne. Autrement dit, faire une demande de carte grise, s’inscrire à Pôle Emploi, ou accéder à son compte Ameli peut rapidement se transformer en parcours du combattant numérique.

Et on ne parle pas que de personnes âgées ou isolées. L’illectronisme touche aussi des jeunes, des travailleurs, des familles monoparentales, et même certains professionnels. Car l’usage des outils numériques n’est pas inné, encore moins évident quand on n’a pas grandi avec un clavier sous la main.

L’administration 2.0, mais sans mode d’emploi

Depuis la dématérialisation des services publics, l’administration est passée en mode “digital native”. Formulaire Cerfa ? Fini le papier, bonjour l’espace personnel sécurisé avec identifiant, mot de passe, code reçu par SMS, et captcha façon test d’optométrie (“Cliquez sur les images contenant un passage piéton”).

Résultat ? Ceux qui ne maîtrisent pas ces outils sont exclus. Et quand l’accès au numérique devient une condition d’accès à ses droits, on ne parle plus seulement de confort : on parle d’inégalité.

Illectronisme : une fracture sociale 2.0

À l’image de l’illettrisme, l’illectronisme n’est pas un simple retard technique, c’est une fracture sociale, économique et même démocratique. Quand une personne ne peut pas faire valoir ses droits parce qu’elle ne comprend pas comment fonctionne un portail en ligne, c’est tout son rapport à l’État, à l’emploi, à la santé qui s’en trouve fragilisé.

Et soyons clairs : ce n’est pas une affaire de fainéantise. Beaucoup de gens veulent s’en sortir, mais n’ont ni les moyens ni l’accompagnement pour le faire. Le manque de matériel, de formation, ou même de réseau internet (merci les zones blanches !) complique encore les choses.

Inclusion numérique : la solution ou l'écran de fumée ?

Heureusement, des initiatives se multiplient : ateliers d’initiation au numérique, médiateurs numériques, EPN (Espaces Publics Numériques), passes numériques… Mais les besoins restent énormes. Et il ne suffit pas de “donner un ordi” pour résoudre le problème. L’inclusion numérique, c’est aussi (et surtout) accompagner humainement, valoriser les petites victoires, prendre le temps, et comprendre que cliquer n’est pas toujours évident.

Ce qu’on peut faire (même à notre niveau)

  • Aider un proche à créer une adresse mail ou à utiliser FranceConnect.
  • Soutenir les ateliers d’apprentissage dans les bibliothèques ou les mairies.
  • Exiger des services publics qu’ils gardent des alternatives accessibles (guichets physiques, lignes téléphoniques, accompagnement personnalisé).

Et pourquoi pas militer pour que l’ergonomie des sites administratifs ressemble plus à celle d’Instagram qu’à celle d’un manuel de fusée soviétique ?

En bref ? L’illectronisme n’est pas un bug de l’utilisateur, c’est une alerte sur la façon dont on conçoit nos services publics. Et tant qu’on ne rendra pas la technologie vraiment inclusive, une partie de la population restera coincée à l’écran d’accueil. Et ça, ça mérite bien plus qu’un simple “404 page not found”.

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