Chronique d'une intelligence artificielle trop artificielle

Introduction

Autrefois, on craignait les extra-terrestres, les zombies, ou les intelligences artificielles qui allaient nous voler notre travail. Aujourd'hui, on s'inquiète que l'IA ne vole pas seulement nos jobs, mais aussi notre cerveau. Car pendant que les machines deviennent plus intelligentes, certains humains semblent, eux, régresser à grands pas.

De quelle façon l’intelligence artificielle influence nos comportements, nos capacités cognitives, notre rapport au savoir, à la créativité, et finalement, à nous-mêmes. Le tout avec un regard critique, documenté, et une pointe d’humour. Car quitte à devenir crétins, autant en rire un peu, non ?

I. L'intelligence artificielle au quotidien : miracle ou mirage ?

1. Assistants personnels, cerveaux déportés

On ne mémorise plus les numéros de téléphone, on demande à Alexa de mettre une alarme pour ne pas oublier de retourner nos pâtes, et Google nous explique comment faire cuire un oeuf mollet. Est-ce que l’on gagne du temps ou est-ce qu’on perd la tête ?

2. GPS, anti-sens de l’orientation

Autrefois, on lisait des cartes routières. Aujourd'hui, si le GPS bug, on tourne en rond comme un hamster lunatique. L’IA a externalisé notre capacité à se repérer. Même le simple fait de "savoir où on est" devient une question pour Siri.

II. L'école du clic : l'apprentissage au rabais

1. ChatGPT, tricheur officiel ?

Les élèves n’écrivent plus de dissertations, ils les génèrent. Pourquoi réfléchir quand un chatbot peut répondre en moins de temps qu’il ne faut pour ouvrir un stylo ? Dans certaines copies, on peut presque entendre les rouages de GPT tourner à vide. Les profs ne corrigent plus des textes, ils traquent des prompts mal formulés.

Mais le véritable danger, ce n’est pas la triche — après tout, la triche existe depuis que l’école existe. Non, le vrai péril, c’est l’euthanasie en douceur de la pensée critique. Petit à petit, on perd la capacité à construire une idée, à la développer, à la nuancer, comme on perd un muscle en ne l’utilisant jamais. C’est la fonte intellectuelle.

On voit émerger une génération de Ctrl+C / Ctrl+V où l’effort devient une anomalie. L’angoisse de la page blanche a été remplacée par l’angoisse du prompt raté. "ChatGPT, fais-moi une dissertation niveau terminale sur la poésie lyrique, avec un plan dialectique et des citations... mais sans que ça se voie, hein !" Résultat : des textes aussi fades qu’un discours de Miss Univers sous anxiolytiques.

Et au fond, ce n’est pas une perte de contenu, mais une perte d’expérience. Écrire, c’est se confronter à ses limites, à ses hésitations, c’est apprendre à penser, à douter, à reformuler. C’est ça qu’on abandonne. On ne gagne pas du temps, on perd de l’humain.

Bref, si Socrate revenait aujourd’hui et conseillait aux jeunes de "connais-toi toi-même", ils lui répondraient : "T’inquiète, j’ai demandé à ChatGPT. Il m’a sorti un PDF."

2. Tiktokéducation

L’accès à la connaissance n’a jamais été aussi facile. Mais l’attention moyenne plafonne à 8 secondes (soit une seconde de moins qu’un poisson rouge, selon une étude fameuse et un peu flippante). Le savoir se dévore en micro-contenus, souvent sans recul critique. Ce n'est plus la fabrique du consentement, c'est la fabrique du zapping.

III. Le cerveau en mode avion : conséquences cognitives

1. L'effet Google

Pourquoi retenir une information quand on peut la retrouver en 0,00042 secondes ? Ce réflexe d’externalisation cognitive affaiblit la mémoire, la concentration, et même l’imagination.

2. L'algorithme qui pense pour moi

L’IA nous recommande quoi lire, quoi regarder, quoi acheter, quoi penser. Nos bulles algorithmiques deviennent des cocons mentaux. Le confort intellectuel prime sur la confrontation d’idées. On ne cherche plus, on scrolle.

Autrefois, on faisait l'effort de chercher un livre, de lire une critique contradictoire, de s'ennuyer un peu avant de tomber sur une perle. Aujourd’hui, on suit les suggestions de Netflix comme on suit une ligne blanche sur l'autoroute : sans réfléchir, les yeux semi-clos. Et malheur à celui qui ose cliquer sur un contenu non recommandé : il devient aussitôt suspect, un réfractaire du flux.

Les algorithmes veulent notre bien. Mais comme une mamie trop protectrice, ils finissent par nous gâter jusqu'à l'abrutissement. "Tu aimes les documentaires animaliers ? Tiens, revoilà un crocodile en slow motion !" Oui, c'est gentil. Mais est-ce que ça nous élève vraiment ?

Notre pensée se voit peu à peu sous-traitée à des suggestions automatiques, à des playlists pré-mâchées, à des "pour vous" qui deviennent nos "pour toujours". Le risque, c’est de devenir des versions algorithmiques de nous-mêmes : prévisibles, lissés, sans aspérités. Une sorte de smoothie intellectuel. Agréable, mais fade.

Bref, on ne pense plus, on consomme du pensé pour nous. Et là, franchement, il y a de quoi flipper plus que devant un saut quantique de ChatGPT.

IV. Créer sans créer : l'illusion de la génie assistée

1. L'art génératif ou la fin du talent ?

DALL-E fait des tableaux, ChatGPT écrit des scénarios, Suno compose des chansons. La création assistée est un miracle technologique. Mais au fond, si tout le monde peut être artiste en 3 prompts, que reste-t-il de l’art ?

C'est un peu comme si on vous disait que vous êtes chef cuisinier parce que vous savez utiliser Uber Eats. L'illusion est flatteuse, mais la réalité est un brin plus fade. Certes, l'IA peut générer une symphonie en cliquant sur un bouton, mais elle ne connaît ni la frustration du compositeur bloqué sur une mesure pendant trois mois, ni la joie de l'inspiration à 2h du matin avec un vieux piano désaccordé. Elle produit, mais ne vit rien.

Créer, ce n’est pas juste juxtaposer des pixels ou aligner des phrases bien tournées. C’est porter quelque chose en soi, le malaxer, le rêver, parfois le vomir, et l’offrir au monde en espérant qu’il en fasse quelque chose. Ce que fait l'IA, c'est du collage sophistiqué. Elle est à l'artiste ce que la photocopieuse est à l'écrivain : pratique, efficace, mais dépourvue d'angoisse existentielle.

Si tout le monde peut être artiste, alors personne ne l'est vraiment. L’art perd de sa rareté, donc de sa valeur. Et surtout, on oublie que la beauté d’une œuvre tient aussi à la difficulté du chemin parcouru pour la créer. Sans sueur, sans doute, sans silence méditatif : que reste-t-il de l'élan créateur ? Une jolie image, peut-être. Mais sans histoire.

Bref, si vous voulez épater la galerie, apprenez un instrument. Ça fait mal aux doigts, mais au moins, c'est vous qui jouez.

2. Le syndrome PowerPoint

La facilité d'accès aux outils numériques peut également tuer la pensée critique : on préfère présenter que comprendre, montrer que réfléchir. On confond la forme et le fond, et tout devient "likable" mais vide.

V. L'humain, ce dinosaure trop biologique

1. Le mythe de la compétence éternelle

Nous avons créé des IA pour nous aider. Mais à force de les laisser tout faire, nous nous rendons obsolètes. Le cerveau, comme un muscle, s’atrophie s’il n'est plus utilisé. Et on ne fait pas encore de salle de sport pour neurones.

Imaginez un culturiste des années 80 qui, un jour, décide que les haltères sont trop lourdes et préfère demander à une machine de faire les pompes à sa place. Dix ans plus tard, on le retrouve sur son canapé, en jogging mou, à souffler en montant trois marches. C'est exactement ce que nous faisons avec notre cerveau.

L'IA est censée être notre assistant, pas notre remplaçant. Mais comme tout stagiaire très compétent, elle finit par tout faire à notre place, pendant que nous scrollons TikTok en mangeant des chips cognitives.

On délègue la mémoire, le calcul, la logique, la créativité, la planification. Bientôt, on sous-traitera nos disputes de couple à des bots "négociateurs affectifs". Et quand il faudra se souvenir du nom de notre chat ou du code de l'entrée, on devra envoyer un ticket à notre assistant IA.

Le problème n’est pas l’existence de l’IA. C’est notre paresse croissante face à l’effort mental. Penser, même un peu, devient un acte d’héroïsme. Dans un monde où la compétence se loue en ligne, l’autonomie intellectuelle devient un muscle en voie de disparition.

Moralité ? Faites des pompes neuronales. Lisez un livre sans chercher le résumé, comptez de tête au supermarché, apprenez un poème, inventez une recette. Faites suer votre cerveau. Il vous dira merci (en neurotransmetteurs).

2. La grande démission cognitive

Pourquoi apprendre un poème, une date, un mot difficile, quand l’IA le fait mieux, plus vite, sans jamais se tromper ? Peut-être parce qu’apprendre fait de nous des humains. Et que perdre cette habitude, c’est devenir un peu moins soi.

Autrefois, on récitait Victor Hugo en chaussettes devant le tableau, on copiait des conjugaisons à la main, et on était fier de savoir par cœur le préambule de la Constitution. Aujourd’hui, il suffit de demander à son smartphone : "C’est quoi le subjonctif imparfait de s’asseoir ?" et de regarder l’écran, l’air vaguement satisfait.

Le problème ? Ce n’est pas l’IA. C’est qu’on a oublié le plaisir d’apprendre. Le frisson de comprendre un truc après trois heures de galère. Le bonheur bizarre de se souvenir d’une date inutile, juste parce qu’on a trouvé une méthode mnémotechnique idiote. Ce que l’IA remplace, ce n’est pas seulement le savoir : c’est l’expérience de l’acquisition.

Et puis apprendre, c’est comme faire du sport pour le cerveau. Si vous n’entrainez jamais vos neurones, ils finissent par faire grève. Et là, pas de syndicat pour négocier le retour à la pensée active. Vous vous retrouvez à fixer une cuillère sans savoir si elle va dans la bouche ou dans la prise USB.

Alors non, apprendre n’est pas ringard. C’est révolutionnaire. Dans un monde où tout est servi prêmâché par des machines, prendre la peine de mémoriser un poème ou de comprendre un concept complexe, c’est faire acte de résistance. Une insurrection cognitive.

Et puis entre nous, il y a quelque chose de romantique à citer du Baudelaire par cœur, plutôt que de demander à Siri : "Dis un truc beau sur l’amour".

VI. Peut-on échapper à la crétinisation ?

1. Reprendre la main

L’IA est un outil, pas un substitut. Elle doit rester un support à la pensée, non une prothèse intellectuelle. Lire, douter, discuter, créer sans prompts : voilà des activités hautement subversives aujourd’hui.

2. Ralentir, contempler, désintoxiquer

On peut choisir de se déconnecter, même brièvement. De lire un livre en entier (si, si). De réfléchir avant de cliquer. De résister à la tyrannie de l'instantané.

Conclusion : une intelligence artificielle, vraiment ?

L’IA est sans doute brillante. Mais ce qui compte, ce n’est pas ce qu’elle sait faire, c’est ce qu’elle nous pousse à ne plus faire. Et si nous devenons crétins, ce ne sera pas sa faute. Ce sera la nôtre.

Alors, avant que le monde ne devienne une immense récréation animée par des robots facétieux, rappelons-nous que penser est un super-pouvoir. Et qu’aucune IA ne pourra jamais nous le piquer... à moins qu’on le lui donne de bon gré.

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