Les jeunes aussi concernés :
Ah, les jeunes. Nés avec un smartphone dans la main, élevés à la 4G et à l’algorithme. Capables de publier une story, de monter une vidéo sur CapCut, de taguer, liker, swiper…
Mais demandez-leur de rédiger un courrier en bonne et due forme, de créer un CV Word sans exploser la mise en page, ou de comprendre un site de la CAF… et là, tout d’un coup, le silence numérique.
Bienvenue dans la grande illusion du “digital native” : ce mythe selon lequel tous les jeunes seraient naturellement doués pour le numérique. Spoiler : ce n’est pas vrai.
Être à l’aise avec TikTok ne fait pas de vous un expert du numérique
La confusion est fréquente, presque institutionnalisée. Parce qu’un jeune sait utiliser son téléphone avec aisance, on suppose qu’il sait aussi :
- Rédiger un mail professionnel,
- Sauvegarder un document correctement,
- Installer une imprimante,
- Naviguer sur des plateformes administratives,
- Ou encore comprendre des termes comme “identifiant FranceConnect”, “authentification à double facteur” ou “certificat numérique”.
Mais non. Utiliser une appli sociale intuitive n’a rien à voir avec maîtriser les outils numériques dits “utilitaires”.
Des compétences numériques… très inégales
Les enquêtes le montrent : de nombreux jeunes ont des lacunes en bureautique, en cybersécurité, en recherche documentaire, en compréhension des démarches en ligne.
Certains peinent à :
- Utiliser une suite Office,
- Rédiger un courrier de motivation sans emojis,
- Ou simplement créer un mot de passe sécurisé.
Et pourtant, le monde professionnel et administratif les attend de pied ferme, avec ses plateformes parfois complexes, ses formats rigides et ses règles implicites.
Une fracture numérique générationnelle… à l’envers
Il est temps d’admettre que la fracture numérique ne suit pas uniquement des lignes d’âge.
Elle peut aussi traverser les jeunes eux-mêmes, selon leur parcours scolaire, leur environnement familial, leur exposition à des usages numériques variés.
Un jeune ultra-connecté n’est pas nécessairement autonome numériquement.
Et cette illusion d’expertise peut être dangereuse : elle invisibilise leurs difficultés, elle empêche les structures de les former, et elle crée des attentes irréalistes.
Que faire ?
- Intégrer la culture numérique utile dans les programmes scolaires, de manière concrète, pas seulement avec des cours de “technologie”.
- Proposer des ateliers pratiques dans les missions locales, centres sociaux, associations étudiantes.
- Ne pas supposer qu’un jeune maîtrise tout parce qu’il “passe sa vie sur son téléphone”.
- Accompagner aussi les jeunes dans les démarches administratives, sans les culpabiliser.
Parce qu’un jeune qui ne comprend pas le site des impôts ou le portail Parcoursup n’est pas “paresseux” ou “désintéressé”. Il est souvent juste mal outillé.
Il est temps de faire tomber le masque du “digital native”.
Tous les jeunes ne sont pas des experts du numérique. Et ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est de reconnaître leurs besoins réels et de leur offrir les moyens d’y répondre.
Le numérique ne s’improvise pas. Il s’apprend, comme tout le reste.