C’est l’histoire d’un monde où tout se passe “en ligne” — sauf ceux qui n’y arrivent pas. Bienvenue dans l’ère de la fracture numérique, cette ligne invisible mais bien réelle qui sépare les connectés… des laissés-pour-compte du Wi-Fi.
Et au cœur de ce fossé numérique ? L’illectronisme. Ce mot à rallonge qui ne paye pas de mine, mais qui cache une des nouvelles formes d’exclusion sociale les plus perfides de notre époque.
Quand un clic devient un mur
Postuler à un emploi ? En ligne. Demander une aide sociale ? En ligne. Inscrire son enfant à la cantine ? Toujours en ligne.
Mais que faire quand on ne sait pas manier une souris ? Quand on confond “navigateur” et capitaine de bateau ? Quand les cases à cocher vous donnent des sueurs froides ? La réponse est simple : on reste sur le quai, pendant que le train numérique file à toute vitesse.
Et ce n’est pas qu’une affaire d’âge. Des jeunes aussi sont concernés, notamment ceux issus de milieux précaires, sans accès régulier à un ordinateur ou à une connexion fiable. L’illectronisme frappe large et fort, et il ne prévient pas.
Une exclusion à trois étages : sociale, culturelle, économique
1. Sociale
Ne pas savoir utiliser les outils numériques, c’est souvent ne plus pouvoir accéder à ses droits, à ses services, à ses relations. C’est se retrouver isolé, en retrait, invisible.
2. Culturelle
Le numérique, c’est aussi une nouvelle langue. Et comme toute langue, elle inclut ceux qui la parlent… et exclut ceux qui ne la comprennent pas. Résultat : des millions de personnes sont coupées de la culture numérique, du débat public, de l’information. Oui, même les mèmes.
3. Économique
Difficile de chercher un emploi quand tout se fait sur Indeed ou LinkedIn. Impossible de remplir une déclaration Pôle Emploi si on ne maîtrise pas le portail. Et on ne parle même pas de la CAF, ce boss final des démarches en ligne… L’illectronisme freine l’accès à l’emploi, à la formation, à l’autonomie. Bref, au revenu.
Ce n’est pas une histoire de “retard”, c’est une histoire de droits
Ceux qu’on laisse à l’écart du numérique, on les condamne à une forme moderne d’exclusion. Pas forcément visible. Pas brutale. Mais bien réelle. Et le pire ? C’est souvent perçu comme une fatalité, alors que c’est un problème de société, pas une faiblesse individuelle.
Que faire ?
- Reconnaître que l’accès au numérique, c’est un droit. Comme lire, écrire, compter.
- Investir dans des lieux d’accompagnement humain : médiateurs numériques, ateliers, maisons France Services.
- Penser l’accessibilité dès la conception des services numériques (un site public sans jargon et avec des boutons lisibles, c’est pas la mer à boire !).
- Ne pas abandonner les alternatives physiques : guichets, appels, papier. Tout le monde n’a pas envie ou la capacité d’aller en ligne, et c’est OK.
En résumé ? L’illectronisme, ce n’est pas un bug de grand-mère. C’est une fracture invisible qui mine notre cohésion sociale. Lutter contre, ce n’est pas juste brancher des gens à Internet, c’est les rebrancher à la société.