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Quand se soigner devient un casse-tête numérique

Il fut un temps où pour voir son médecin, on appelait le cabinet, on fixait un rendez-vous et on s’y rendait, point final. Aujourd’hui, il faut “prendre rendez-vous en ligne”, créer un compte Doctolib, valider un code SMS, naviguer entre les créneaux disponibles, comprendre ce qu’est une téléconsultation, et parfois… trouver un médecin qui accepte encore le téléphone.

Bienvenue dans l’ère de la e-santé. Moderne, pratique, efficace… sauf quand on ne sait pas se servir d’un smartphone ou d’un ordinateur. Pour des millions de personnes en France, cette révolution sanitaire a un goût amer : celui de l’exclusion.

Une fracture numérique qui devient médicale

On parle souvent d’illectronisme comme d’un frein administratif ou professionnel. Mais lorsqu’il empêche l’accès aux soins, il prend une dimension bien plus grave. Car ne pas savoir utiliser Doctolib, ou même ne pas comprendre un mail de l’Assurance maladie, ce n’est pas anecdotique. Cela peut retarder un diagnostic, empêcher un suivi, ou même renoncer à se faire soigner.

Et ce ne sont pas seulement les personnes âgées qui sont concernées. Des personnes en situation de handicap, des jeunes en difficulté scolaire, des personnes isolées ou migrantes, peuvent se retrouver en dehors du système de soins numériques.

Téléconsultation : progrès ou barrière invisible ?

La téléconsultation a explosé avec la crise sanitaire, et elle reste aujourd’hui une solution pérenne dans bien des territoires. Mais encore faut-il savoir s’en servir. Pour beaucoup, l’idée même d’installer une application, de lancer une visioconférence, de joindre des documents médicaux est déjà un obstacle.

Et quand il s’agit de santé, le sentiment d’impuissance face à la technologie peut se transformer en sentiment d’abandon. Difficile de parler de prévention ou de parcours de soin personnalisé quand la première étape — prendre rendez-vous — est déjà un mur.

Le Dossier Médical Partagé (DMP) ou l’illusion de la simplicité

Le DMP est censé centraliser les données de santé, faciliter le suivi, fluidifier les échanges entre professionnels. Mais pour cela, il faut le créer, le comprendre, le gérer. Or, ceux qui ont le plus besoin d’un accompagnement renforcé sont souvent ceux qui n’y ont pas accès.

Il ne suffit pas que le système soit bien pensé. Il doit être accessible à tous, et accompagné humainement.

Repenser l’inclusion numérique en santé

Face à ce constat, certaines initiatives voient le jour : des médiateurs numériques en centres de santé, des hôpitaux qui forment leurs patients, des maisons de santé qui conservent un accueil physique. Mais c’est encore trop peu.

Ce qu’il faut, c’est :

  • Former les publics éloignés du numérique à l’usage des outils de santé.
  • Maintenir un accueil humain dans les services médicaux et administratifs.
  • Créer des outils simples, clairs, adaptés à tous les niveaux de lecture.
  • Reconnaître l’illectronisme comme une inégalité de santé, au même titre que la précarité ou l’isolement.

La santé ne devrait pas dépendre d’un mot de passe

Il ne s’agit pas de revenir en arrière ou de refuser les progrès. La e-santé peut être une formidable avancée. Mais seulement si elle ne laisse personne de côté. Sinon, elle devient un facteur supplémentaire d’inégalité.


 l’illectronisme n’est pas qu’un problème technique ou administratif. C’est un problème de santé publique. Et tant qu’on ne l’abordera pas comme tel, des milliers de personnes resteront bloquées devant un écran… au lieu de voir un médecin.


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