La croissance exponentielle de la demande en cloud computing et en intelligence artificielle (IA) entraîne une augmentation rapide des besoins en centres de données, ou datacenters. Ces infrastructures sont au cœur de l'économie numérique mondiale, mais elles posent aussi des défis majeurs en matière de consommation d'énergie et d'impact environnemental. Pour répondre à ces préoccupations, une idée radicale est à l'étude : déplacer les datacenters dans l'espace. Cette approche innovante pourrait bien transformer la manière dont l'industrie numérique aborde le défi environnemental.

Pourquoi les Datacenters Posent-ils un Problème ?

Les datacenters consomment d'énormes quantités d'énergie pour stocker, traiter et transmettre des données à travers le monde. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la demande en électricité pour ces infrastructures pourrait doubler d'ici 2026, sous l'effet combiné de la croissance des entreprises et de la demande du grand public pour des services en ligne tels que le streaming et les réseaux sociaux. Ce besoin accru d'énergie crée une pression sur les ressources et contribue de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre.

En plus de leur empreinte carbone, ces centres de données nécessitent également de grandes quantités d'eau pour leur refroidissement. En période de sécheresse croissante, cet usage intensif des ressources pose des problèmes supplémentaires, notamment pour les régions confrontées à des stress hydriques.

Une Étude Révolutionnaire : Les Datacenters dans l'Espace

C'est dans ce contexte que le projet ASCEND (Advanced Space Cloud for European Net Zero Emission and Data Sovereignty) a été lancé en 2023, avec pour objectif d'examiner la faisabilité de placer des datacenters dans l'espace. Financé par la Commission européenne dans le cadre du programme Horizon Europe, ce projet vise à soutenir le Green Deal européen, dont l'objectif est d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.

Thales Alenia Space, en partenariat avec un consortium d'acteurs européens, a coordonné une étude technique approfondie pour déterminer si ces infrastructures spatiales seraient viables et bénéfiques pour l'environnement. Le consortium inclut des entreprises et des organisations issues des secteurs du cloud computing (Orange Business, CloudFerro, Hewlett Packard Enterprise), des lanceurs spatiaux (ArianeGroup), et des systèmes orbitaux (DLR, Airbus Defence & Space, et Thales Alenia Space). Des partenaires spécialisés dans l'environnement, tels que Carbone 4 et VITO, ont également contribué à l'évaluation de l'empreinte écologique de cette initiative.

Les conclusions de cette étude sont prometteuses. D'un point de vue technique, le lancement de datacenters dans l'espace est jugé réalisable, avec des bénéfices significatifs pour l'environnement. Parmi les principaux avantages identifiés, l'absence de besoin en eau pour le refroidissement des serveurs est particulièrement notable, un atout clé à l'heure où les pénuries d'eau deviennent de plus en plus courantes dans de nombreuses régions du monde.

Les Défis du Projet : Enjeux Énergétiques et Économiques

Malgré ces perspectives encourageantes, l'étude met en avant la nécessité de réduire drastiquement les émissions de CO2 liées aux lancements spatiaux. En effet, pour que les datacenters spatiaux soient véritablement neutres en carbone, il serait impératif de développer des lanceurs dix fois moins émissifs sur l'ensemble de leur cycle de vie. Cela nécessite des avancées technologiques significatives dans le secteur spatial.

Sur le plan économique, l'étude prévoit un retour sur investissement potentiel de plusieurs milliards d'euros d'ici 2050, ce qui pourrait rendre cette solution financièrement viable à long terme. Cependant, la faisabilité du projet dépend aussi des décisions stratégiques des entreprises impliquées. Par exemple, alors que Thales Alenia Space est à l'avant-garde de ce projet innovant, l'entreprise a récemment annoncé la suppression de 1 237 emplois en Europe, ce qui pourrait ralentir certains aspects de sa recherche et développement.

Autres Projets Alternatifs : Des Datacenters à Haute Altitude

Thales Alenia Space n'est pas la seule entité à explorer des alternatives aux datacenters traditionnels. En Arabie saoudite, une équipe de la King Abdallah University of Science and Technology (KAUST) a publié en 2023 une étude sur la faisabilité des "Data Center-Enabled High-Altitude Platforms". Dans ce projet, les serveurs seraient hébergés dans des dirigeables remplis d'hélium, stationnés dans la stratosphère. Les chercheurs estiment que la température naturellement basse de cette zone, combinée à la capacité des plateformes à capter l'énergie solaire, pourrait générer des économies d'énergie significatives.

Ces approches, qu'elles soient spatiales ou atmosphériques, montrent bien que l'industrie technologique explore activement des solutions pour répondre aux défis énergétiques croissants posés par l'informatique de plus en plus gourmande.

Les Enjeux Locaux : Opposition à la Construction de Datacenters

À mesure que la demande pour les services numériques augmente, de plus en plus de centres de données sont construits. Cependant, cette expansion rapide suscite des résistances, notamment dans des villes comme Marseille et Rennes, en France, qui cherchent à réguler l'implantation de ces infrastructures pour préserver leur environnement. Cinquième hub mondial du trafic Internet, Marseille est un exemple emblématique des tensions entre développement technologique et préservation des ressources locales.

Conclusion : Une Solution d'Avenir pour un Enjeu Urgent ?

Le projet de datacenters dans l'espace, bien que novateur et porteur d'espoir, soulève encore des défis techniques, économiques et environnementaux. Si les obstacles peuvent être surmontés, cette solution pourrait transformer le secteur technologique et contribuer de manière significative à la lutte contre le changement climatique. Cependant, la route vers cette réalité reste semée d'incertitudes, et des solutions complémentaires, comme les datacenters à haute altitude, pourraient également jouer un rôle clé dans la réduction de l'empreinte carbone du numérique.

Le futur des datacenters semble de plus en plus se dessiner au-delà des limites terrestres, avec des projets aussi audacieux que fascinants. Mais quelle que soit l'issue, il est clair que la question de la durabilité environnementale dans le domaine numérique est une priorité incontournable.

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